Lódz / Cidade Crua

exposition en duo, Annette Amberg, Mauro Cerqueira
27 septembre - 2 novembre 2013
Piano Nobile, Genève
commissariat avec Marie-Eve Knoerle

Intéressés à l’histoire aussi bien qu’aux micro-histoires, aux situations politiques et sociales, Annette Amberg et Mauro Cerqueira développent deux oeuvres à la fois différentes – en ce qui concerne la forme et les objectifs qu’elles visent – mais qui partagent dans le même temps des préoccupations et des processus communs.

Ils travaillent tous deux régulièrement avec des fonds d’archives (presse, fonds de commerce ou archives personnelles notamment), qu’ils réinterprètent et rejouent dans leur propre travail, en les mélangeant avec d’autres éléments, littéraires, autobiographiques, fictionnels, ou autre.

Par leur regard d’artiste ils donnent aux éléments qu’ils traitent une actualité particulière, à mi-chemin voire plus proche d’une transmission subjective que d’un compte-rendu objectif, mais qui reste dans le même temps profondément ancrée et reliée à la réalité observée.

Terrain par excellence de plusieurs de leurs investigations, la ville – telle qu’on l’expérimente dans nos déplacements, telle qu’elle agit sur ses habitants, telle qu’elle s’étend et construit ses espaces, telle qu’elle se structure en différentes couches entremêlées et parfois inextricables – est au centre des oeuvres qu’Annette Amberg et Mauro Cerqueira présentent en parallèle pour cette exposition à Piano Nobile.


ANNETTE AMBERG

Annette Amberg s’intéresse en particulier à l’histoire et l’identité culturelle, notions qu’elle explore par le biais de plusieurs médiums, films, sculptures, installations, performances. Travaillant pendant longtemps autour d’archives familiales, qu’elle mettait en résonance avec des éléments de la ‘grande histoire’ ainsi qu’avec des éléments fictionnels, elle a développé une vision très libre de l’archive, comme quelque chose qui peut être approprié, réinterprété et qui peut revivre sous une autre forme – sans pour autant être trahie. L’idée d’un passé qui est partie intégrante de l’identité (culturelle ou autre) et qui affleure, est probablement à l’origine de la nouvelle série de films qu’Annette Amberg réalise sur des portraits de villes. A Rome, elle s’est intéressée à cette rencontre improbable et impossible entre les hordes de touristes déambulant et les vestiges d’une Rome ancienne qui surgissent de partout ; à ces images elle a ajouté comme bande son un récit subjectif qui la situe elle-même, en tant qu’artiste étrangère à Rome, et qui la positionne comme individu dans ce flot d’êtres humains et d’histoires.

A Piano Nobile, Annette Amberg présente un film spécialement réalisé pour l’exposition sur la ville de Łódź en Pologne. Fascinante à plusieurs niveaux, Łódź est une ville où cohabitent les contraires, mêlant architectures communistes à l’abandon et usines textiles réhabilitées en loft. Vingt-quatre ans après la chute du communisme, délaissée par ses jeunes habitants qui lui préfèrent Varsovie, Łódź reste hantée par son histoire et son passé industriel, ainsi que par le souvenir des mouvements d’avant-garde – notamment par Władysław Strzemiński, artiste et l’un des penseurs du constructivisme, à l’origine de la première collection publique d’art moderne en Europe et fondateur du groupe a.r. (artistes révolutionnaires ou avant-garde réelle).

‘Le but d’une composition spatiale est le façonnage de formes, qui peuvent être transposées dans la vie réelle. La composition spatiale est un laboratoire expérimental qui définira l’architecture des villes futures’. (Katarzyna Kobro, membre d’a.r., 1937). Des idéaux révolutionnaires et modernistes, tels qu’ils s’inscrivent dans l’architecture et dans la ville, il reste aujourd’hui des traces diffuses dont le sens tend à s’évanouir. Présenté dans un dispositif qui rappelle l’art de cette période, le film Łódź trace le portrait d’une ville de l’entre-deux, marquée par des époques historiques et une politique actuelle particulières, rendant compte des différents lieux, mais surtout des habitants rencontrés au hasard des rues et comme mis en scène dans leurs activités, dont la banalité rappelle que quel que soit le contexte environnant, dans une ville avant tout on vit.


MAURO CERQUEIRA

Dans des recherches qui prennent souvent comme objet la ville de Porto dans laquelle il est établi, Mauro Cerqueira s’intéresse aux différentes réalités qui composent le tissu urbain. De la rue des Caldeireros, où il travaille – et où se trouve l’espace d’art indépendant ‘A Certain Lack of Coherence’, qu’il co-gère avec l’artiste André Sousa – il observe les mouvements des habitants, leurs habitudes, leurs dérives. Rue populaire qui traverse la vieille ville comme une saignée, elle concentre les problématiques du développement urbain de Porto : des logements habités par des locaux parfois extrêmement délabrés et insalubres, des commerces dédiés à une activité devenue obsolète, versus une «gentrification» et l’arrivée d’une nouvelle population plus aisée, de commerces ‘bobos’ - signe d’une certaine transformation de Porto en destination touristique ‘cool’, idéale pour les clients Ryanair.

Dans cette situation paradoxale, au coeur d’une société portugaise en crise, Mauro Cerqueira fixe son attention sur des formes de marginalité et d’obsolescence. Ainsi il s’intéresse à des activités qui n’existent presque plus, comme des ateliers de typographie : lieux par où passe l’écrit diffusé – de la littérature aux factures, cartes de visite ou papier à entête d’entreprises. Il s’intéresse aussi à l’économie souterraine qui envahit les rues et qui, loin de se cantonner à la drogue, fait circuler toutes sortes d’objets trouvés (récupérés ou volés) – signe d’une certaine misère sans doute, mais également réflexion possible sur les usages de la consommation et du recyclage.

Mauro Cerqueira travaille au plus près de cette population locale ; observateur attentif, il ne vise pourtant pas une analyse systématique des évolutions de la ville et de ses habitants. Dans ses recherches, il recueille des choses – des objets, des images, des témoignages, de la documentation – qu’il intègre dans son travail artistique, sous la forme de sculptures, d’installations, de films, de dessins ou de collages. Rapportant des histoires tout en en suggérant une multitude d’autres, les oeuvres de Mauro Cerqueira prennent comme point de départ une réalité extrêmement locale et, fondées dans une subjectivité, elles ouvrent sur une réflexion bien plus globale, qui questionne notre manière de vivre, d’habiter le monde ou de consommer, et suggèrent une forme de citoyenneté et d’engagement.

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